Ressources - Musiques interdites

L'oeuvre

Connaissez-vous Kurt Will, Alban Berg, Paul Dessau, Paul Hindemith ? Non ? Et bien c’est normal : ils sont tombés dans l’oubli. Non pas parce que leurs oeuvres ne relevaient pas du génie, mais parce qu’elles ont été censurées et interdites pendant le 3e Reich Allemand.

Dans quel but ? Pour préserver la « pureté de la musique allemande » d’oeuvres jugées trop avant-gardistes. En effet, ces compositeurs  communistes et/ou juifs étaient à l’époque accusés de créer des oeuvres appelées « Entartete musik » (musique dégénérée) et d’ainsi corrompre et affaiblir l’esprit national. Alors pour lutter contre l’oubli, pour « déseffacer » et « désinvisibiliser » ces oeuvres interdites de l’histoire de la musique, David Lescot et Samuel Hengebaert les ont mises en commun, créant alors un véritable mélange d’esthétiques et d’oeuvres, allant de la musique baroque à celle du 20e siècle.

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Le directeur musical : Samuel Hengebaert
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Altiste et spalliste, il a suivi des études d’alto moderne au Conservatoire national supérieur de musique de Lyon, ainsi qu’une formation en violon baroque au Conservatoire National Supérieur Musique et Danse (CNSMD). Il décide finalement de se diriger définitivement vers la musique ancienne en jouant dans de grands ensembles de musique baroque dans le monde entier. Il joue par exemple pour l’Ensemble Pygmalion et pour l’Insula Orchestra.

Il crée le collectif Acte(Six) en 2020 avec pour objectif de mettre en résonance différentes esthétiques et époques musicales au sein d’un même spectacle, autour d’actualités musicales, historiques ou sociales.

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Le metteur en scène : David Lescot
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Auteur, metteur en scène, compositeur et musicien, David Lescot cherche à créer des formes impures où son écriture se mêle à la musique, au chant, à la danse, et à toutes sortes de documents authentiques ou poétiques. Sa pièce Un Homme en Faillite reçoit le Prix de la Critique de la meilleure création en langue française 2007. L’année suivante, il crée La Commission centrale de l’Enfance à la Maison de la Poésie à Paris. Le spectacle se joue plusieurs saisons dans de nombreux pays et remporte en 2009 le Molière de la révélation théâtrale.

En 2012, il est au festival in d’Avignon pour 33 tours, dans le cadre du Sujet à Vif (Festival d’Avignon – SACD) avec le danseur et chorégraphe Delavallet Bidiefono. Le spectacle sera développé et recréé sous le titre 45 Tours au Festival Mettre en scène au TNB de Rennes, avant une longue tournée.

En 2023, il met en scène à l’Opéra de Rennes L’Élixir d’Amour, en coproduction avec Angers Nantes Opéra et l’Opéra National de Lorraine.

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Un spectacle sous forme de cabaret
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Les musiques puisées dans le répertoire de l’entre-deux-guerres allemand, sont ici assemblées dans un cabaret musical mené par deux « Madame Loyal » au ton impitoyable et mordant, incarnées par Lucile Richardot et Éléonore Pancrazi.

Ce spectacle, co-produit par le Mémorial de Caen dans le cadre de la commémoration du 80e anniversaire de la libération des camps, entre en résonance avec leur exposition sur le journaliste américain Varian Fry. Ce dernier a en effet permis l’ex-filtration de nombreux artistes et intellectuels européens vers le territoire américain au début des années 40. Cette oeuvre est présentée comme une réponse à un devoir de mémoire et à un souhait de redonner vie à ces oeuvres et ces artistes qui ont fortement enrichi le répertoire et le champ d’étude de la musicologie. Le format de cabaret n’est pas un hasard: derrière son apparente légèreté se cache « un art profondément politique, un acte de résistance et de courage. »

« Là où hier l’art a été faussé et instrumentalisé par un despotisme barbare, quand aujourd’hui, les extrémismes et l’obscurantisme se réveillent, c’est aussi lui redonner toute son authenticité et sa pleine et entière puissance. » (Acte(Six))

« Le corpus immense qui nous a été donné d’entendre, nous avons souhaité le mêler, l’interroger, le mettre en résonance pour tisser un fil rouge mémoriel de tant de musiques encore inconnues du public. » (Acte(Six))

L'art et la censure sous le 3e Reich

Entre 1933 et 1945, période du 3e Reich en Allemagne, la culture est mise à mal.

Le monde du cinéma est touché par une « aryanisation », c’est-à-dire qu’il subit un éloignement des artistes juifs de la production de films. Ces derniers ne peuvent plus exercer leurs métiers et ne sont donc plus représentés dans les salles de cinéma. Cette exclusion s’ancre dans la loi du 6 juin 1933, dans laquelle on interdit aux Allemands qui ne sont pas de « pure souche » de travailler dans le cinéma.

Avec l’arrivée au pouvoir des nazis en 1933, ce sont plus d’un millier d'artistes qui sont contraints de migrer, privant l’Allemagne de bon nombre de ses grands auteurs, professeurs d’université, architectes et scientifiques.

La Chambre de la culture du Reich est créée le 15 novembre 1933 avec pour objectif de réprimer la création artistique libre, de purger les arts allemands de toute influence juive ou moderniste en les rendant conformes aux idéaux d'arts aryens.

Les structures artistiques sont progressivement étatisées et deviennent de véritables miroirs des orientations politiques nazies. Le ministre de la Propagande et de l’Éducation du peuple a la main mise sur l’industrie cinématographique allemande et peut imposer ses choix en termes de scénario et d’acteurs.

Certains films de propagande voient alors le jour. C’est par exemple le cas de Le Juif Suss (qui est très antisémite) ou de Suis-je un assassin ? (qui légitime l’élimination des handicapés). Aujourd’hui, une quarantaine de ces films sont interdits et sont, s’ils sont diffusés, toujours encadrés d'un temps d'échange, de discussion et de réflexion. Il est cependant important de noter que tous les films produits sous le 3e Reich n’étaient pas idéologiques : la majorité avaient plutôt pour objectif le divertissement.

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Les livres sont aussi largement touchés par cette censure. Le 10 mai 1933, sur la place devant l’Université Humboldt, sont brulés les ouvrages de grandes figures intellectuelles germanophones du 20e siècle. Sigmund Freud, Karl Marx, Kurt Tucholsky : autant de grands penseurs du temps de la République de Weimar dont les idées ont été physiquement et symboliquement réduites en cendres.

Sur cette place repose aujourd’hui une plaque avec une citation d’Heinrich Hein: « Là où on brûle des livres, on finit aussi par bruler des hommes ».

La Seconde Guerre mondiale

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'art est un outil de propagande. En France, pendant l'occupation (1940-1944), la collaboration entre le gouvernement de Vichy et l'Allemagne nazie pousse Pétain à livrer les "ennemis du Reich" aux Allemands, notamment des artistes de "l'art dégénéré" français. L'art maréchal se développe, permettant au gouvernement de Vichy d'utiliser des éléments culturels et artistiques pour promouvoir les valeurs de l'époque comme la famille, la patrie, le travail. 

Si l'art est alors utilisé à des fins idéologiques par le régime nazi et ses alliés, il est aussi utilisé par la Résistance. Les artistes utilisent alors leurs poèmes, leurs dessins, leurs caricatures et chansons pour inspirer l'espoir et la liberté, saboter les projets nazis ou transmettre des informations importantes aux Alliés. Plus que de véhiculer des messages d'espoir, l'art devient une véritable arme, utilisée en toute clandestinité.

Certains lieux comme les galeries Jeanne Bucher, l'Esquisse et Berri à Paris exposent de manière confidentielle ou clandestine des artistes interdits afin de continuer à faire vivre les artistes censurés.

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Les artistes engagés
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Louis Aragon, écrivain et poète, va par exemple fonder le Comité national des écrivains dans la zone Sud et dénoncer les autorités de Vichy à travers ses poèmes publiés en toute clandestinité.

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Joséphine Baker est aussi considérée comme une immense figure de la Résistance. Cette chanteuse, danseuse et actrice américaine installée en France, ne mettra pas son art au service de la Résistance mais ses talents d'espionne, transmettant des informations essentielles et confidentielles aux Alliés. Pour son aide, elle a été récompensée de la Légion d'honneur.

L'art et les camps de concentration

L'art était aussi un moyen de retranscrire l'horreur de la guerre.

L'artiste italien Gino Gregori a par exemple créé une série de dessins représentant la vie sur les camps.

Il fait plusieurs croquis, illustrant des corps amaigris,voutés et fatigués. À sa sortie, il en retranscrira quelques-uns sur toile.

La recherche des poux, Mauthausen, 1945, Paris - Musée de l'armée, RMN Grand Palais/Christophe Chavan

Vocabulaire

Spalliste: joueur de la viola da spalla (littéralement: violoncelle d’épaule), un instrument en voie de disparition qui ressemble à une grosse guitare à cinq cordes, portée en bandoulière et joué avec un archet positionné à la verticale.

Musique baroque: musique composée entre 1600 et 1750, sans qu’il n’y ait à proprement dit une « période baroque ». C’est un mouvement contemporain, avec un engouement certain pour les musiques dites tonales d’avant le romantisme, un intérêt pour les questions d’interprétation et une réaction contre l’académisme. C’est un genre musical assez hétérogène ce qui rend difficile la qualification de ce qui est baroque et de ce qui ne l’est pas.

Antisémitisme: forme de discrimination vis à vis de personnes qui appartiennent, où son supposées appartenir, à la communauté juive.