Ressources - Pinocchio

L'histoire

Ce petit pantin en bois qui veut absolument devenir un vrai petit garçon et dont le nez s’allonge à mesure qu’il ment, nous le connaissons tous. Adaptée en livres, en films, en pièces de théâtre, et maintenant en opéra, son histoire a fait le tour du monde, traitant de thématiques qui dépassent largement le cadre enfantin.

Le personnage de Pinocchio ignore tout de la patience et du travail, au grand désarroi de son créateur, Gepetto, humble travailleur sans le sou qui vieillit à vue d’oeil. Dans l’oeuvre originale, Gepetto crée Pinocchio dans l’idée d’en faire une sculpture animée qu’il puisse emporter sur les routes pour faire fortune. Pourtant, à peine façonné, Pinocchio est déjà plus qu’une marionnette : il sait parler, marcher et fait même des bêtises ! Gepetto décide alors de l’envoyer à l’école, marquant le début d’une grande aventure au cours de laquelle Pinocchio fera tout pour devenir un « vrai petit garçon ». Cette histoire explore la frontière entre la fiction et la réalité, le rêve et la vie, le mensonge et la vérité, l’artificiel et l’authentique et nous transporte dans un rite initiatique qui résonne encore avec les grands enjeux contemporains.

L’opéra Pinocchio a été composé par Philippe Boesmans sur un livret de Joël Pommerat. Il est crée le 3 juillet 2017 au Festival d’Aix-en-Provence et est mis en scène par Ambre Kahan. Composé de 23 scènes, il est prévu pour 6 chanteurs et un orchestre de chambre de 19 musiciens. Il est le résultat d’une fusion entre théâtre et musique lyrique.

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La pièce de Joël Pommerat
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À travers cette oeuvre, Joël Pommerat réinvente le conte et questionne la naïveté de l’enfance et l’entrée dans l’âge adulte. Il explique: « Né de l’imagination d’un homme, le pantin Pinocchio se révèle être un monstre d’avidité, obsédé par la richesse et persuadé que le monde est à son service. Avant de parvenir à l’humanité, il va faire l’apprentissage de la relation aux autres, et de la liberté. Une liberté qui n’est pas forcément simple à définir. [...] Dans cette « histoire extraordinaire et véridique à la fois », Pinocchio nous confronte à la quête de vérité que chaque être humain doit entreprendre pour vivre en paix avec lui-même et avec les autres ».

 Les grandes questions de sa pièce sont les suivantes: Pinocchio pourra-t-il changer au point de devenir humain ? Que signifie grandir ? Quelles valeurs recèle le voyage ? Comment gagner son autonomie et son indépendance quand, par ignorance, on est le jouet des autres ? À travers sa version, on s’interroge sur la modernité et l’actualité des propos de ce livre et de ce personnage du 19e siècle.

Extraits de Pinocchio de Joël Pommerat

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Joël Pommerat
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Joël Pommerat est né en 1963 et est un auteur et metteur en scène français. Il découvre le théâtre au collège grâce à son enseignante de français. Il s'installe à Paris pour devenir comédien et est engagé à 19 ans dans la compagnie "Théâtre de la Mascara" dans l'Aisne. À 23 ans, il fait le choix de se consacrer uniquement à l'écriture et fonde, en 1990, la Compagnie Louis Brouillard.

Les pièces de Joël Pommerat sont profondément ancrées dans le monde contemporain et ses personnages sont de véritables miroirs de nos sociétés actuelles. Il a une approche du théâtre dite "totale", c'est-à-dire que les sons, la lumière, les textes, musiques et costumes s'élaborent quasiment dans le même temps, devenant indissociables. Joël Pommerat a la particularité de ne mettre en scène que ses propres textes. Il réécrit de nombreux contes populaires comme le Petit Chaperon rouge et Pinocchio en 2008, puis Cendrillon en 2011. Il cherche à créer un théâtre visuel, à la fois intime et spectaculaire et travaille sur une grande présence des comédiens et le trouble des spectateurs.

A l’opéra, Joël Pommerat a collaboré avec Oscar Bianchi en adaptant sa pièce Grâce à mes yeux (Thanks to my eyes, Festival d’Aix en Provence, 2011). En 2014, il présente Au monde, mise en musique par Philippe Boesmans au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles.

Il reçut de nombreux prix, notamment trois Molière pour Ça ira Fin de Louis, une fiction inspirée de la Révolution française.

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Le compositeur : Philippe Boesmans
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Philippe Boesmans, né en 1936 et décédé en 2022 à Bruxelles, est l’un des plus grands compositeurs d’opéra des cinquante dernières années. Il poursuit des études de piano au Conservatoire de Musique de Liège mais renonce à une carrière de pianiste, préférant se consacrer à la composition qu’il étudie en autodidacte. Il reçoit de nombreux prix : le prix Italia pour son oeuvre Upon La-Mi en 1971, ainsi que 6 prix pour ses enregistrements Concerto pour violon et Conversions.

Il est principalement connu pour ses opéras mais a aussi créé de nombreuses compositions instrumentales et orchestrales comme par exemple Eplosives pour harpe et dix instrumentistes, Multiples pour orchestre ou Quatuor à cordes n°1.

 

Le personnage de Pinocchio

Cet opéra s’inspire de l’histoire du roman de 1881 de Carlo Collodi : Les aventures de Pinocchio. Ce livre, partagé par Collodi sans grande conviction suite à la demande du « Giornale per i bambini » (Journal pour les enfants en italien), deviendra le livre le plus vendu en Italie au 20e siècle.

Si cette histoire a été créée pour les enfants, le personnage de Pinocchio n’en reste pas moins complexe. Dans la version de Disney, Pinocchio est créé par Gepetto qui, n’ayant pas pu avoir d’enfant, souhaite faire de cette marionnette son enfant. Pinocchio est alors une sorte d’enfant rêvé, construit sur mesure par son « géniteur ». Ainsi, la déception de Gepetto face à la personnalité, à la malice et au manque de goût pour le travail de Pinocchio, montre que « tout enfant est ainsi d’abord une fiction parentale » (Ben Soussan, 2009), un pantin modelé par les attentes des parents eux-mêmes.

Au cours de son parcours, Pinocchio apprend que, face à la violence du monde, le mensonge n’est pas toujours puni, ni la vérité récompensée.

Le pantin est conscient qu’il est imparfait, incomplet, car il cherche tout au long de sa quête à devenir un « vrai petit garçon ». Cette recherche de la complétude lui fait braver touts les interdits, interrogeant la nécessité pour un enfant de répondre entièrement aux attentes et idéalisations de ses parents.

Ce personnage pose aussi la question, toujours très actuelle à l’heure de l’IA et de la technologie, du rapport entre l’homme et la création et de la limite entre création et vivant. Le personnage de Pinocchio a été crée de toutes pièces et pourtant, il échappe à son créateur. Il a lui-même une volonté propre et une conscience humaine, souhaitant devenir « un vrai petit garçon ».

Pinocchio et le mensonge à travers l'art

Pinocchio a inspiré les artistes de toutes les générations. Il a notamment été adapté de nombreuses fois au cinéma

> Voir l’article « Pinocchio: un siècle d’adaptations cinématographiques du célèbre contre de Carlo Collodi »

Dans l’art, le personnage de Pinocchio est aussi une réelle source d’inspiration. Jim Dine, par exemple, a présenté en 2008 une exposition entièrement tournée autour du personnage aux Beaux-Arts de Caen. Il développe 44 lithographies basées sur le livre de Collodi.

> Liens vers l’exposition

 

Si le personnage de Pinocchio inspire tant les artistes, c'est aussi sûrement parce que la question du mensonge est inhérente à l'art. Debussy disait "L'art est le plus beau des mensonges" et Stendhal que "Toute oeuvre d'art est un beau mensonge".

Tous les artistes seraient-ils donc des menteurs ?

La notion de mensonge est utilisée par ces auteurs pour expliquer que souvent, l'art n'a pas vocation a être une représentation fidèle de la réalité, notamment parce qu'il cherche à susciter des émotions et des réflexions en utilisant l'imaginaire. Ainsi, les artistes ne cherchent pas forcément à représenter le monde avec exactitude mais plutôt à le représenter tel qu'ils le perçoivent, laissant place à la subjectivité et donc, potentiellement, au mensonge.

À travers cette déformation de la réalité, les artistes peuvent rendre visible ce qu'ils perçoivent, au-delà de ce qui est réel. Ainsi, Paul Klee disait "l'art ne reproduit pas le visible, il rend visible".

Comme l'art est souvent utilisé comme un moyen de dénoncer les failles de la société, le mensonge y est souvent central. L'art devient un moyen de dénoncer les comportements immoraux de la société de l'époque, comme c'est le cas dans Tartuffe. Le Tartuffe est un faux homme d'Église, trompeur et perfide, qui manipule la famille Pernelle et parvient même à en devenir l'héritier. Cette pièce a été interdite pendant 5 ans avant de pouvoir être rejouée malgré son succès immédiat. En effet, elle a fortement déplu aux hauts représentants de la religion catholique qui la décrivaient d'infâme. Le Tartuffe est pour Molière l'occasion de critiquer l'hypocrisie, le mensonge et la cupidité du clergé.